Ma vie, mon oeuvre

Ma vie, mon oeuvre

Une petite trace pour une grande trace

J’en ai lu des trucs sur le sens de la vie. Bon, je vais crever l’abcès tout de suite : la vie a plusieurs sens. Ça dépend des gens, à vrai dire.
Y a ceux qui regardent droit devant, parce que derrière ils ont semé des petits regrets qu’ils préfèrent abandonner. Les optimistes, pour faire simple. Et ceux qui regardent en arrière, histoire de tirer des leçons pour le futur. Eux, c’est les prévoyants.

Moi, je suis du genre diplomate et je vais mettre tout le monde d’accord : faisons les deux. La truffe braquée vers l’avant, mais toujours un petit coup d’œil en arrière. C’est quand même le meilleur moyen de vérifier si l’on a laissé une trace.
Parce que, pour cette histoire de sens de la vie, l’idée c’est quand même de laisser une trace. Sinon, à quoi bon ?
Cette trace peut prendre diverses formes. Je vais faire un peu dans le sirupeux, mais avoir un enfant, c’est peut-être la plus belle des traces.
Après, il y a les artistes, les vedettes, les humanistes, les glorieux, les historiens. Tout un tas de mecs et de nanas qui ont marqué le monde et qui l’ont peut-être un peu changé. Mais là, on est sur une toute petite minorité. Combien d’Einstein pour combien de Robert ? Y a forcément un rapport pas favorable pour le beau, l’utile et la nouveauté.
Tout ça me turlupinait. A cinquante balais, on a eu le temps de se poser des paquets de questions. Le spectre d’interrogations allant de « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » à « quel est le sens de la vie ? ».
C’est difficile de se hisser sur le trône du monde, même pour un court laps de temps, et de marquer le destin de nombreuses personnes.

Oui mais voilà. Y a un moment faut s’adapter et procéder avec ce qu’on a.
Et me voilà avec ce test de dépistage colorectal, dans mes toilettes.
C’est la révélation !
On a tous un trône.
Et avec le dépistage, on a tous moyen de laisser une trace. Une trace que l’on va envoyer à des gens qui vont l’étudier. Et je vous parle pas d’archéologues qui, dans mille ans, se pencheront sur notre civilisation.
Non, là je parle, je décris, j’évoque des scientifiques qui vont étudier ici et maintenant une trace que vous avez laissé. Et cette petite trace vous donnera peut-être encore plus de temps pour en laisser une plus grande. On ne fera pas dans l’indélébile, personne n’est immortel, mais quand même…

Moralité : s’asseoir sur son trône et laisser une trace pour les scientifiques, c’est un des petits plaisirs de la vie qui peut rendre l’existence plus longue.

D-17/0081 établi le 24/02/2017

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