Du lyrisme sur la cuvette

Du lyrisme sur la cuvette

Emporter les foules

Dans les films américains, quand un personnage fait un discours pour aller se farcir de l’envahisseur extraterrestre, faut quand même avouer qu’ils savent galvaniser les foules. Ils savent rameuter du monde.  Evidemment, quand un orchestre philarmonique vous accompagne, vos paroles prennent tout de suite plus de poids. Par contre, c’est un poil encombrant dans les transports en commun. Bon, ici, on ne parle pas de petits hommes verts venus coloniser notre planète, mais plutôt de petits organismes venus ruiner notre santé. Alors, si je pouvais écrire un discours pour encourager les gens à aller se faire dépister, voilà à quoi ça ressemblerait.
N’oubliez pas de sortir les violons.

« Mes amis, depuis des millénaires, depuis l’avènement de l’humanité, nous avons toujours déféqué. Plus qu’un tic, plus qu’un toc, c’est une tradition vitale de notre civilisation. Quel que soit notre sexe, notre âge, notre richesse ou notre couleur de peau, chaque être humain dans le passé, le présent ou le futur applique le même rituel : la fabrication biologique et systématique d’étrons. Ce moment qui nous rassemble, qui nous unit, ne doit pas se faire dans la honte, ou la douleur. Le plus miséreux des vagabonds, tout comme le plus gourmand des nantis se retrouve toujours à un moment les fesses à l’air avec un temps juste pour lui. Un temps pour penser à la vie.
J’ai vu des regards blessés ou des mines réjouies. J’ai entendu des cris, des gémissements, j’ai senti l’effort. J’ai senti beaucoup de choses, une vibration commune, une libération galvanisante, une résignation digne face à la tâche à accomplir. De la bravoure aussi, parfois.
Mais tout cela ne doit pas être gratuit. Tous ces efforts cumulés ne peuvent pas se terminer comme ça, sans rien d’autre qu’un tourbillon d’eau et un couvercle qui se referme.
Mes amis, sachez-le, ce rituel du trône est devenu plus qu’un acte biologique.
Il est devenu un acte de résistance face au cancer colorectal.
Alors, au diable les réticences. Aujourd’hui, je ne vous demande pas de manifester dans la rue, je ne vous enjoins pas à crier, à revendiquer. Non, mes amis. Je vous encourage à faire un pied de nez avec votre derrière. Dépistez-vous.
Dépistez-vous pour combattre les plans nauséabonds du cancer colorectal. »

D-17/0081 établi le 24/02/2017

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