Quoi de neuf, doc ? Quand un spécialiste parle, tendons au moins une oreille.

Quoi de neuf, doc ?

Quoi de neuf, doc ? Quand un spécialiste parle, tendons au moins une oreille.

Quoi de neuf, doc ?

Quand un spécialiste parle, tendons au moins une oreille.

La première fois que ma médecin m’a parlé du test du dépistage du cancer colorectal, c’était quelques jours avant mes cinquante ans. Avec son histoire de récurage de colombin, je dois bien avouer qu’elle m’a cueilli. C’est à dire que moi, j’étais venu pour une petite rino.
Et puis, c’est bête, mais je suis un peu de la vieille école. Je me disais que certains sujets s’abordaient pas frontalement avec une femme, même si elle est médecin. Mais au final, la science n’a pas de sexe et on n’est pas là pour faire du chichi.
Cinquante ans, c’est le bon âge, elle m’a dit. Le bon âge pour faire le test.
Et puis elle m’a décrit tout le rituel. Je me suis senti fragile.
En gros, vous me demandez d’envoyer un peu de caca par la Poste, je lui ai répondu.
Elle a éclaté de rire. Je l’avais jamais vu se marrer, et j’aurais jamais cru qu’aborder le sujet ô combien personnel des selles permettrait de briser la glace. Comme quoi, faut préjuger de rien. La preuve, nos petits étrons du quotidien peuvent nous sauver la vie. A partir de là, plus grand chose peut m’étonner.
Quelques jours plus tard, quand j’étais dans le secret de mes cabinets en train de réaliser le prélèvement, j’ai eu une pensée pour ma médecin. A cet endroit, vous avouerez que c’est pas fréquent. D’ailleurs, j’ai fini par la croiser au supermarché, au rayon des yaourts. Je l’ai salué de la tête et je lui ai fait un clin d’oeil en levant le pouce. Elle s’est marré, on s’est compris. Ma femme, pas jalouse, m’a quand même dit que ma toubib avait déjà eu d’autres patients à qui elle avait parlé de ce test, que je n’étais pas le seul et que je ne devais pas m’emballer.
Mais c’est ça qui est beau, ma chérie, je lui ai répondu. « Tu vois, cette femme, cette doctoresse, elle appartient à toute une cohorte de cerveaux rompus à l’exercice du sauvetage de vie. Y en a c’est le coeur, d’autres c’est les poumons… et certains, certains, c’est les colombins. Et toutes ces personnes, quand tu sais à quel point elles sont diplômées et compétentes, t’es content qu’elles te transmettent un peu de leur savoir pour que tu vives plus longtemps. »
Ma femme et moi, on s’est naturellement dirigé vers le rayon papier toilette.
« Et y a des sujets, quand c’est ton médecin qui t’en parle, t’es plus attentif, plus sensibilisé.
Donc, c’est bien qu’ils abordent le sujet avec plein de monde. Envoyer son caca pour se sauver la vie, c’est un message qui mérite d’être répandu. »
Elle m’a tendu un paquet de rouleau et m’a dit que je devrais écrire un blog à ce sujet.
Bonne idée, j’ai répondu. Bonne idée.

D-18/0069 établi le 15/02/2018

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